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Une chapelle du XIXe siècle à Issy-les-Moulineaux acquise par le diocèse maronite de France

« Une église que l’on consacre est une église vivante. » 

29/01/2018
 
 

« Une église retrouve Sa lumière. » Sous ce titre annonciateur d’une première dans l’histoire des maronites en Europe, Mgr Maroun-Nasser Gemayel, évêque des maronites de France et visiteur apostolique pour l’Europe, a reconsacré l’élégante église du Saint-Sauveur à Issy-les-Moulineaux, au cours d’une grand-messe samedi soir, devant plus de 600 fidèles et en présence du maire d’Issy, l’ancien ministre et député André Santini, des maires des localités avoisinantes, des anciens ambassadeurs de France au Liban, René Ala, Philippe Lecourtier et Bernard Emié, des autorités civiles et militaires, d’une délégation des chevaliers de l’Ordre du Saint-Sépulcre, et sous l’œil des caméras et des flashes des journalistes français et libanais.

Un grand moment d’émotion a saisi l’assistance lorsque la porte principale de l’église s’est ouverte après avoir été ointe à trois reprises avec un signe de croix par l’évêque posté à l’extérieur avec les officiants. Mgr Gemayel a fait la procession d’entrée, précédé d’un diacre (portant un cierge pascal allumé) et entouré de l’évêque du diocèse maronite de Baalbeck et Deir el-Ahmar, Mgr Hanna Rahmeh, représentant le patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï, de l’évêque du diocèse maronite du Canada, Marwan Tabet, de l’évêque de l’éparchie de Saint Vladimir-Le-Grand pour les Ukrainiens de rite byzantin de France, Mgr Boris Gudjiak, des prêtres de la paroisse de Notre-Dame du Liban à Paris et de la paroisse Saint-Charbel de Suresnes, ainsi que des curés des paroisses latines d’Issy-les-Moulineaux.

Bénissant les fidèles et aspergeant les quatre coins de l’église et ses murs sous les chants syriaques de la magnifique chorale de N-D du Liban, l’évêque et les officiants ont ensuite rejoint le chœur et encensé la croix et l’autel suivant un rituel précis: prière du pardon, psaumes, lectures des textes bibliques (Ancien Testament, épître de Paul, rappel du mot du Christ à Pierre: « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église », lecture de l’Évangile), avant de procéder à la consécration de l’autel avec la myrrhe par une onction de ses quatre coins et de ses croix, à son encensement, à son habillage avec trois nappes par les religieuses antonines de la rue du Regard à Paris, à l’allumage des cierges puis à la célébration de l’Eucharistie et la communion.

Un style néo-roman
Une ferveur incomparable s’était installée durant toute la cérémonie qui a duré plus de deux heures, sans que nul ne songe à quitter ou à céder sa place dans une nef bondée, où les bas-côtés, les travées et le bras du transept accueillaient les gens restés debout. La singularité de l’événement conférait à cette messe une puissance symbolique très forte. Construite dans la vaste cour d’honneur de l’hôpital Corentin-Celton dans un style néo-roman et bénie par l’archevêque de Paris en 1863, l’église Saint-Sauveur avait été déconsacrée le 27 janvier 2005 et transformée en espace culturel. Treize ans plus tard, le même jour du 27 janvier en 2018, sous l’impulsion du premier évêque maronite de France, elle retrouve sa vocation originelle ; son nouveau « baptême » dans le rite maronite la ramène dans le giron de l’Église universelle. Pour cela, il aura fallu quatre ans et demi de négociations ardues avec l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP), comme l’a rappelé Mgr Gemayel dans son homélie, qui a remercié ses représentants présents à la messe ; l’appui du maire d’Issy-les-Moulineaux et de son équipe, grâce à leurs conseils et à leur aide durant ces négociations, et surtout, la générosité d’un donateur auquel Mgr Gemayel a rendu un hommage appuyé, Bernard Azzi, « mon ami d’enfance » grâce à qui l’acquisition de l’église a été possible ainsi que les travaux de rénovation « de fond en comble » qui s’engageront dans les prochains mois.

 

Il aura fallu, aussi et surtout, quelque chose de l’ordre de la prédestination, une Providence à l’œuvre, pour que se réalise le rêve de Mgr Gemayel, universitaire et historien destiné à être un « bâtisseur » puisqu’il est arrivé à Paris sans autres moyens ni outils que sa foi, sa persévérance, son affabilité et sa capacité à réveiller chez les 100 000 maronites de France le désir de renouer avec leur identité antiochienne. De la « villa des Cèdres » devenue « Beit-Maroun » à Meudon, siège de son éparchie, à l’église Saint-Sauveur qu’il a reconsacrée, Mgr Maroun-Nasser Gemayel trace un chemin chargé de symboles, celui d’un pasteur qui non seulement regroupe une communauté de plus en plus structurée en France, avec ses scouts, ses guides, ses paroisses, sa chorale, ses associations, mais l’engage aussi dans une dynamique quasi missionnaire. La nouvelle paroisse du Saint-Sauveur sera certes mise au service des fidèles maronites des communes d’Issy-les-Moulineaux, de Vanves, de Montrouge, de Malakoff, de Chatillon, de Bagneux, de Clamart, des XIVe et XVe arrondissements de Paris, mais, comme il l’a souligné aussi, « elle préservera l’identité de ceux et celles qui partagent la même foi, ou qui cherchent à rencontrer le Seigneur (…). Je souhaite que son rayonnement culturel et patrimonial illumine le quotidien des nombreux fidèles, touristes ou pèlerins, qui ne manqueront pas de venir l’admirer et y prier. 

 La spécificité des églises orientales
La diaspora est devenue » l’expansion «, suivant le terme adopté durant son synode par l’Église maronite (juin 2003-2006), synode auquel Mgr Gemayel a activement participé, et c’est ce terme qu’il a soigneusement utilisé durant son homélie. L’évêque maronite de France, qui a pris pour devise » Authenticité et mission «, n’oublie pas que ses ouailles maronites sont françaises aussi, et des fidèles catholiques relevant souvent de leurs paroisses latines dans leurs quartiers respectifs. Aussi a-t-il prié pour que » Dieu vous aide à faire grandir vos enfants dans un parfait équilibre entre l’insertion dans la société française et l’attachement à nos valeurs d’Orientaux chrétiens. Vous êtes les piliers de l’Église maronite en France et vous êtes les pierres vivantes de cette paroisse «, a-t-il ajouté.L’Église catholique d’Issy-les-Moulineaux ne s’y est pas trompée, puisque son site annonce la » bienvenue à nos frères maronites « et manifeste sa » joie d’accueillir en notre ville et si proche de nous ces frères et sœurs avec lesquels nous sommes en pleine communion «. Depuis Vatican II, ce processus de reconnaissance de la spécificité des Églises orientales et de leur liturgie est en marche. Le 27 janvier 2018, en l’église Saint-Sauveur, » l’unité de l’Église dans la diversité « y a trouvé sa pleine expression.

Médailles de reconnaissance
À l’issue de la célébration liturgique, Mgr Gemayel a remis une médaille de reconnaissance à des personnes ayant rendu de grands services au Liban et à la communauté libanaise de France, parmi lesquels le donateur Bernard Azzi, le maire d’Issy-les-Moulineaux André Santini, les ambassadeurs de France René Ala, Bernard Emié et Philippe Lecourtier, Najwa Bassil Pietton, en mémoire de son époux feu l’ambassadeur Denis Pietton, le maire du 5e arrondissement de Paris où se trouve Notre-Dame du Liban, Florence Berthout, le maire du 6e arrondissement de Paris, Jean-Pierre Lecoq, le sous-préfet d’Antony et de Boulogne-Billancourt, Philippe Maffre, Frédérique Deniau, le curé de la paroisse St-Benoît à Issy, Christophe Witko. L’évêque a également adressé ses remerciements chaleureux au comité de pilotage de la cérémonie, dirigé par Kinda-Marie Élias, et au dévouement de ses membres.
La cérémonie a été suivie d’un vin d’honneur et d’un banquet, pour marquer l’importance du sentiment de fraternité entre les membres d’une même paroisse qui partagent ensemble les moments importants de leur vie: baptêmes, mariages, funérailles. Comme le souligne Mgr Gemayel, » une église que l’on consacre est une église vivante ».