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Amazonie : les peuples autochtones sont des partenaires à part entière

« Les peuples autochtones devraient être traités comme des partenaires dignes », a affirmé Mgr Auza. Ce n’est pas simplement une « idée », a-t-il insisté, mais il s’agit de « l’application du devoir des États, inscrit dans la Déclaration, de consulter et de rechercher le consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones sur toutes les questions les concernant ». Dans la pratique, cela signifie « défendre le droit collectif des peuples autochtones à leurs terres et à leurs ressources ».

Mgr Bernardito Auza, nonce apostolique et observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies, a donné l’allocution d’ouverture de l’événement intitulé « Violation des droits de l’homme en Amazonie : Les réseaux pour réagir et y remédier », à l’ONU à New York, le 19 avril 2018.

Mgr Auza a rappelé que le pape François a convoqué un synode des évêques à Rome pour y « d’encourager le développement intégral des individus et des peuples autochtones », « protéger leurs vies, leurs droits, leurs cultures et leurs terres » et « aider tous ceux qui ne vivent pas sur ces terres à apprendre de la sagesse et de la connaissance des indigènes la manière d’entrer, sans les détruire, dans les trésors que recèle la région ».

Voici notre traduction de l’allocution prononcée par Mgr Auza.

HG

Allocution de Mgr Bernardito Auza

Madame la Rapporteuse spéciale, Mesdames et Messieurs les Panélistes, Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de vous accueillir cet après-midi pour cet important événement sur la protection et la promotion des droits de l’homme et de la dignité des peuples autochtones d’Amazonie, que le Saint-Siège est heureux de parrainer avec le Réseau ecclésial panamazonien (REPAM) et le Groupe de travail minier des organisations non gouvernementales.

En avril dernier, nous avons célébré le dixième anniversaire de l’adoption de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones. Lors de l’événement de haut niveau organisé par le Président de l’Assemblée générale pour marquer l’occasion, les États se sont joints aux représentants des peuples autochtones du monde entier pour réaffirmer leur attachement aux valeurs et aux droits collectifs des peuples autochtones, consacrés dans la Déclaration. Cet exemple important et concret de solidarité devrait illustrer la voie à suivre pour que la participation et l’intégration des peuples autochtones dans le cadre des travaux de l’ONU soient plus significatives et plus efficaces.

L’Église catholique, et le pape François en particulier, affirment – et c’est une exhortation – que les peuples autochtones devraient être traités comme des partenaires dignes, que ce soit au sein de ce système des Nations Unies ou dans leurs relations avec les États et la société dans son ensemble. Il ne s’agit pas simplement d’une idée, mais de l’application du devoir des États, inscrit dans la Déclaration, de consulter et de rechercher le consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones sur toutes les questions les concernant. La juste revendication des peuples autochtones que l’on ne fasse rien à leur sujet sans eux devrait être prise en considération.

En pratique, cela signifie défendre le droit collectif des peuples autochtones à leurs terres et à leurs ressources. Ce faisant, nous garantissons non seulement que leurs voix sont entendues, mais aussi que les peuples autochtones disposent de l’espace politique, économique et social nécessaire pour affirmer leur identité et leur droit à devenir des agents de leur propre développement et de leur destin ; nous veillons également à ce que la réparation et la véritable réconciliation entre les États et leurs populations autochtones puissent être réalisées pour le bien des deux parties et pour le bien commun de la nation tout entière.

Le pape François, à diverses occasions, mais surtout lors de ses visites en Amérique latine, a exprimé son désir d’être un « porte-parole des désirs les plus profonds des peuples autochtones » et de sensibiliser le public au fait que les peuples autochtones continuent d’être « menacés ». Il s’est efforcé d’être une voix qui criait à travers le monde la façon dont les terres, la culture, les droits et la dignité des autochtones sont négligés ou même piétinés pour les intérêts économiques étroits des autres. Il a loué la façon dont les peuples autochtones considèrent la terre comme un don sacré dans lequel ils interagissent avec Dieu, avec leurs ancêtres et entre eux. Il a élevé leur sens de l’amour et de la responsabilité pour notre maison commune et leur sens accru de la solidarité intergénérationnelle comme modèle pour tous les peuples.

Ces pensées générales du pape François et du Saint-Siège s’appliquent d’autant plus dans la vaste région de l’Amazonie, la plus grande forêt tropicale du monde, couvrant 2,1 millions de miles carrés et neuf pays, embrassant 2,8 millions d’autochtones, 390 tribus indigènes, 240 langues parlées et encore 137 peuples isolés.

Lorsque le pape François est allé au Brésil en 2013, il a mis l’accent sur le sens de la responsabilité que l’Église ressent envers les peuples et les terres de la région panamazonienne. Il a dit que la présence de l’Église en Amazonie n’est pas, contrairement à d’autres, « celle de quelqu’un qui a fait ses bagages et qui est prêt à partir après avoir exploité tout ce qui était possible. L’Église est présente depuis le début dans le bassin de l’Amazonie, à travers ses missionnaires, ses congrégations religieuses, ses prêtres, ses laïcs et ses évêques et elle est toujours présente et essentielle pour l’avenir de la région ». Il a cependant déclaré que le travail doit être encore encouragé et relancé, « notamment par une formation des travailleurs de l’Église, des enseignants indigènes et du clergé », adaptée aux conditions locales et engagée à consolider, pour ainsi dire, le « visage amazonien » de l’Église. Il a exhorté chacun à être courageux dans ces efforts.

Véritable signe de l’engagement de l’Église envers les peuples autochtones de la région, il a convoqué un synode, ou réunion, des évêques à Rome en octobre 2019 pour se concentrer spécifiquement sur ce qui fonctionne et ce qu’il reste à faire afin d’encourager le développement intégral des individus et des peuples autochtones à travers la vaste région, pour protéger leurs vies, leurs droits, leurs cultures et leurs terres, et pour aider tous ceux qui ne vivent pas sur ces terres à apprendre de la sagesse et de la connaissance des indigènes la manière d’entrer, sans les détruire, dans les trésors que recèle la région.

Il y a exactement trois mois, le 19 janvier, le pape François a visité personnellement l’Amazonie pour rencontrer les peuples indigènes de Puerto Maldonado dans les Andes péruviennes. Là, il a écouté les indigènes expliquer leurs besoins et leurs espoirs, avant de parler en cherchant à éveiller la conscience de tous à travers le monde, sur ce qui s’y passe. « Les peuples indigènes amazoniens », a-t-il souligné, « n’ont probablement jamais été aussi menacés sur leurs propres terres qu’ils ne le sont actuellement. » Il a parlé de deux défis particuliers auxquels ils sont confrontés.

Le premier vient, dit-il, de ce qu’il appelle « le néo-extractivisme et la pression exercée par de grands intérêts commerciaux qui veulent s’emparer du pétrole, du gaz, du bois d’œuvre, de l’or et  de formes de monoculture agro-industrielle ». Nos intervenants Elvia de Jesús Arévalo Ordóñez de l’Équateur et Agostina Mayán Apikai du Pérou nous donneront beaucoup plus d’informations. Cette nouvelle vague d’exploitation extractive, a déclaré le Pape, conduit également à un « assaut dévastateur sur la vie comparable à la contamination de l’environnement [favorisée] par l’exploitation minière illégale ».

Le deuxième défi, a-t-il souligné, vient de « la distorsion de certaines politiques visant à la “conservation” de la nature sans tenir compte des hommes et des femmes qui l’habitent ». Il décrivait « des mouvements qui, sous prétexte de préserver la forêt, accumulent de grandes étendues de bois en négociant avec eux, menant à des situations d’oppression pour les peuples indigènes ; par conséquent, ils perdent l’accès à la terre et à ses ressources naturelles [car] ces problèmes étranglent les peuples [indigènes] et provoquent la migration des jeunes en raison du manque d’alternatives locales. » Il a dit que le monde ne peut réduire les cultures indigènes à une « image idéalisée d’un état naturel, et encore moins une sorte de musée d’un mode de vie révolu ». Une telle approche pour conserver l’Amazonie en tant que musée du tourisme écologique n’aide pas non plus la situation des peuples autochtones.

Ce qui doit arriver, a-t-il dit, c’est d’abord de rompre « le paradigme historique qui considère l’Amazonie comme une source inépuisable d’approvisionnement pour d’autres pays, sans souci de ses habitants ».

Comme il l’a écrit dans son encyclique sur le soin de notre maison commune, Laudato Sì ‘, nous ne pouvons ignorer « les énormes intérêts économiques mondiaux qui, sous prétexte de les protéger, peuvent saper la souveraineté des nations » et servir seulement « les intérêts économiques de corporations transnationales » Nous devons tous, a-t-il dit, « attirer l’attention du public sur ces questions », « offrir une coopération critique », employer « des moyens de pression légitimes » et aider chaque gouvernement à assumer « sa responsabilité propre et inaliénable de préserver l’environnement et les ressources naturelles de son pays, sans capituler devant de faux intérêts locaux ou internationaux ».

Ce qui doit arriver, en second lieu, c’est de reconnaître l’existence d’initiatives prometteuses « venant des communautés et des organisations [autochtones], qui plaident pour que les peuples et les communautés autochtones elles-mêmes soient les gardiens des forêts » et qui font confiance à leur « capacité de résilience et… à leur aptitude à répondre à ces temps difficiles ». C’est le travail crucial accompli par des groupes comme le REPAM et d’autres réseaux pour réagir et remédier à la violation des droits autochtones en soutenant et accompagnant les peuples autochtones, en particulier ceux qui sont le plus vulnérables, avec courage et détermination, alors qu’ils revendiquent ces droits et assument leurs responsabilités en tant que gardiens de leurs terres et de leurs cultures.

Cela permettra aux peuples autochtones en général et à l’Amazonie en particulier d’aider chacun à découvrir comment devenir un meilleur gardien des trésors de la beauté, de la vérité et de la bonté de chaque culture et comment devenir un meilleur intendant de la planète, notre maison commune.

Je vous remercie encore une fois de votre présence aujourd’hui et de l’appui que vous apportez à nos frères et sœurs autochtones et à tous ceux qui travaillent en Amazonie, et ici aux Nations Unies, pour protéger et promouvoir leurs droits et leurs dons.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

24/4/2018